CHAMEAU

( hébreu gâmâl ). Le chameau ( camelus dromedarius ) est le plus
précieux des animaux domestiques de l'Orient.

Son organisation spéciale lui permet de traverser les vastes
solitudes de l'Asie et de l'Afrique. Il est le «vaisseau du désert».
Dans son estomac, qui est double, il peut emmagasiner une importante
provision d'eau; il la loge dans les nombreux alvéoles qui garnissent
le premier compartiment. Sa bosse renferme une réserve de graisse. Il
peut par suite demeurer dix jours sans manger ni boire. Il est du
reste très sobre et se contente des buissons épineux qu'il broute en
cheminant, grâce à son cou allongé, et les sucs qu'ils renferment lui
suffisent comme boisson.

Son pied large et souple semble fait pour les sables du désert.
Il s'accommode cependant d'un sol raboteux et inégal; il avance alors
avec précaution, mais d'un pas très sûr. Le terrain humide et boueux
est le seul obstacle infranchissable pour lui. Le chameau est avant
tout une bête de somme.

On l'a de tout temps utilisé en Orient pour les transports. Il
supporte d'énormes fardeaux. Sa charge moyenne varie de 300 à 400
kgs; elle atteint une demi-tonne pour les sujets robustes; avec ce
poids il fait de 35 à 45 km. par jour à l'allure de 4 km. à l'heure.
Sur sa bosse on ajuste une selle ( Ge 31:34 ) à laquelle on
suspend de grands paniers ou de vastes poches où l'on entasse les
marchandises et parfois les femmes et les enfants. Le plus souvent on
installe ces derniers dans une sorte de palanquin. Les hommes
s'établissent à califourchon sur la selle même.

Au repos, le chameau se couche en ployant successivement les
genoux de devant et de derrière; pour se relever il fait le mouvement
inverse. C'est dans la position agenouillée qu'on monte ou qu'on
charge le chameau. Une longe, enserrant étroitement ses naseaux, sert
à le conduire, mais en réalité on l'abandonne à son instinct ou à son
caprice. Cette longe est décorée d'ornements variés ( coquillages,
croissants découpés dans des lames d'argent et fixés sur du drap aux
vives couleurs: Jug 8:21 ).

Comme monture et pour les parcours rapides, on emploie plutôt le
dromadaire, race spéciale plus haute, plus élancée et de robe plus
claire. Il est plus délicat, plus sensible au froid et ne supporte
qu'une charge réduite; mais il peut soutenir pendant dix-huit heures
une allure de 10 à 12 km. à l'heure. C'est probablement le békèr
( fém. bikrâh ) de Esa 60:6 et de Jer 2:23.

Le chameau de Bactriane ( c. bac-trianus ) forme au contraire
une espèce à part. Il a deux bosses, est moins endurant que le
chameau d'Arabie, mais supporte mieux le froid. On le rencontre dans
toute l'Asie centrale. Les Turcomans du Djolân en possèdent des
quantités. On croise souvent sur les chemins qui conduisent de
Transjordanie en Galilée ou sur la route de Jérico à Jérusalem de
longues files de ces beaux animaux. Ce chameau figure sur les
monuments assyriens, mais la Bible l'ignore. Le chameau est très
endurant. Son allure est constante; il ne faiblit que lorsqu'il est à
bout. Alors il se couche et meurt.

Le lait de chamelle est excellent. Les bédouins en font une
grande consommation ( Ge 32:16 ). Caillé, il est nourrissant et
rafraîchissant; on en fait aussi du beurre et du fromage. Les
Orientaux mangent la viande du chameau, interdite aux
Israélites ( Le 11:4,De 14:7 ).

De ses poils on tisse une étoffe grossière dont on fait des
vêtements ( Mt 3:4,Mr 1:6 ), des tentes ( Ca 1:5 ) et ces
grandes poches qu'on suspend aux flancs des chameaux et des ânes. Les
poils employés sont ceux du dos, du cou et des alentours de la bosse;
les autres sont trop courts. La peau sert à divers usages ( tentés,
boucliers, harnais, coffres, etc. ).

Le chameau est très peu intelligent. On le prétend docile, il est
en réalité rétif, obstiné, vicieux et, à certaines époques, très
dangereux. Sa morsure est presque toujours mortelle. Il n'a aucune
affection et ne s'attache ni à son maître ni à son conducteur. On
élève les chameaux par milliers à l'Est du Jourdain. C'est la
principale richesse des bédouins.

D'où vient cet animal et à quelle époque a-t-il été réduit en
servitude? On l'ignore. Il est probablement originaire du centre ou
du S. de l'Asie. Les couches tertiaires de l'Himalaya ont livré des
débris d'une espèce fossile. Sa domestication remonte à la plus haute
antiquité. Les plus anciennes strates sémitiques de Guézer ( vers 3000
av. J.-C. ) renferment des ossements de chameau. On le retrouve en
Orient à toutes les époques de l'histoire, du moins en Asie, car son
introduction en Afrique ne remonte pas au delà du III e siècle de
l'ère chrétienne.

Il tient une grande place dans la Bible. Abraham ( Ge 12:16 ),
Jacob ( Ge 30:43 32:15 ) possédaient de nombreux chameaux. Les
marchands qui trafiquaient avec l'Egypte s'en servaient comme moyen
de transport ( Ge 37:25 ). Job en avait des milliers ( Job 1:3
42:12 ). C'est dans l'Est et le S. de Canaan qu'il était le plus
abondant. Les Israélites en TransJordanie en enlevèrent des quantités
aux Hagaréniens ( 1Ch 5:21 ). Ceux des Madianites et des
Amalécites qui envahissent Canaan au temps de Gédéon ( Jug 7:12 )
sont dits aussi nombreux que le sable de la mer. Ésaïe nous montre
les enfants du désert inondant la Palestine de la multitude de leurs
chameaux ( Esa 60:6 ). La reine de Séba transporte sur ses
chameaux les riches présents offerts à Salomon ( 1Ro 10:2 ). Les
envahisseurs éthiopiens défaits par Asa ( 2Ch 14:15 ) montaient
des chameaux. Les rois de Damas en employaient dans leurs
expéditions ( 2Ro 8:9 ). David avait préposé un officier spécial à
la surveillance de ses chameaux ( 1Ch 27:30 ). Les exilés de
retour de captivité sous Esdras et Néhémie possèdent 435 de ces
animaux.

Le chameau servait non seulement de monture ou de bête de
somme ( Ge 24:64,1Sa 30:17,Esa 30:6 ), mais aussi de bête de
trait ( Esa 21:7 ). Peut-être l'attelait-on, comme aujourd'hui en
Arabie et en Afrique du N., à la charrue.

Le chameau a donné lieu à de nombreux proverbes. La Bible en
mentionne deux: Jésus déclare qu'il est plus facile à un chameau de
passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le
royaume de Dieu ( Mt 19:24 ) et il apostrophe les conducteurs
aveugles qui filtrent le moucheron et avalent le chameau ( Mt
23:24 ). Dans ces deux images hyperboliques, le chameau est cité
comme le plus gros animal du pays, opposé à des objets minuscules
( voir Aiguille ). E. D.