29
 Vous direz peut-être ;
« Si seulement je pouvais croire ; mais je n'ai pas même une vraie contrition, ni une vive componction de cœur à la vue de mes péchés. »
Mais sachez que, par là même que vous n'avez que péché et que misère, vous êtes dans le cas où Jésus peut d'autant mieux signaler sa grâce.

Allez seulement à lui avec toute votre impénitence et votre incrédulité,
pour recevoir de lui le don de la repentance et de la foi.

Par là, vous lui ferez honneur, Dites-lui :
« Seigneur, je ne t'apporte ni justice ni don, pour t'engager à me recevoir et à me justifier
. Ce sont tes dons que je viens te demander.
C'est La justice absolument nécessaire que je réclame.
»

Nous ne pouvons pas nous défaire de la démangeaison de vouloir apporter quelque chose au Sauveur ;
cependant il n'y a rien de si déplacé.

Les plus brillants talents de la nature ne valent pas la monnaie d'un denier dans le ciel.

La grâce de Dieu et le mérite de nos œuvres sont deux choses à jamais incompatibles .

Rien ne répugne autant à l'homme naturel, et rien ne lui est plus incompréhensible que de se voir dépouillé de tout, au point qu'il ne lui reste pas la moindre ombre de bien dont il puisse faire parade.

La propre justice ainsi que le penchant à chercher des ressources en soi-même, sont les deux enfants chéris de la nature humaine ;
elle en est aussi jalouse qu'elle l'est de sa propre vie.
Mais ils aveuglent tellement leur mère, qu'ils ne lui laissent pas la faculté de voir Jésus-Christ dans sa véritable forme,
et qu'ils étouffent en elle tout désir d'aller à lui.
Lui, de son côté, est l'ennemi irréconciliable des productions les plus apparentes de l'amour-propre raffiné.

Permettez à l'homme naturel de dresser un Évangile à sa façon,
vous verrez qu'il sera diamétralement contraire à celui que Jésus-Christ nous a donné.
Selon lui, il n'y aurait de grâce et de salut que pour les justes,
pour les saints,
pour les parfaits.
Il est donc heureux pour vous que ce soit Jésus-Christ qui ait donné l'Évangile,
parce qu'il est fait exprès pour des pécheurs misérables,
corrompus,
injustes et damnables.

L'esprit humain se révolte contre la simple idée d'un Évangile qui n'est que pour des pécheurs.
Le parti du désespoir est moins affreux pour lui, que celui d'aller à Christ dans une posture si humiliante,
et à des conditions si mortifiantes pour lui.

Dès que la nature se sent serrée de près et mise à l'étroit par le sentiment de ses péchés et par la crainte du jugement,
aussitôt, pour se défendre, elle fait arme de sa propre justice,
de sa piété,
de sa dévotion.
Il ne faut pas moins qu'une grâce toute-puissante pour détruire ses retranchements.

S'il est vrai que Jésus-Christ exclue quelqu'un de la grâce,
ce ne peut être que ceux qui se justifient eux-mêmes.
Il favorisera les plus insignes pécheurs de ses regards propices,
tandis qu'il les détournera de ces faux justes .
La raison en est qu'il ne peut pas être leur justice, parce qu'à leurs yeux ils ne sont pas pécheurs .