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 Avant que la foi soit épurée, on saisit chaque objet qui se présente,
dès qu'on y voit quelque apparence de bien ; et, dans l'idée que ce sera pour nous un moyen d'avancement,
nous en faisons un fondement de notre espérances.

Ne vous y trompez pas :
allez à Jésus-Christ avec des yeux arrêtés sur vos péchés et sur vos misères,
et non sur vos bonnes œuvres,
ni sur les attraits de grâce que vous avez sentis.
Ne vous occupez ni des unes ni des autres.
Cela vous empêcherait d'aller au Sauveur, en qui repose tout votre salut.

Ceux qui n'ont de confiance au Sauveur qu'à proportion du bien qu'ils font,
imitent cet homme qui considère au fond de l'eau la figure réfléchie du soleil,
lequel semble se mouvoir en différents sens, selon que l'eau est agitée.
Pour voir Jésus-Christ dans sa forme naturelle, contemplez-le tel qu'il est dans son amour,
et qu'il reluit dans le firmament de la grâce du Père.
C'est là que sa gloire paraît dans tout son éclat, et que sa beauté est inexprimable.

L'effet de l'esprit d'orgueil et d'incrédulité est de porter les hommes à s'occuper d'eux-mêmes avant toute autre chose,
et à regarder avec complaisance le bien qui peut se trouver en eux.
Le propre de la foi, au contraire, est de s'occuper uniquement de Jésus-Christ.
Cet objet seul touche et ravit l'âme.
Son approche fait disparaître toute la prétendue sainteté de l'homme, comme elle opère la destruction du péché.
C'est pour cela que le Sauveur a été fait péché pour nous, comme il a été fait justice et sanctification .

Quiconque établit sa propre sainteté pour s'y mirer et s'en faire un sujet de consolation,
celui-là se forge une idole monstrueuse, qui ne lui servira qu'à multiplier ses doutes et ses frayeurs.
En effet, il arrive à tout homme ce qui arriva autrefois à Pierre, lorsque la défiance le plongea dans les eaux sur lesquelles la foi le faisait marcher .
Le moment où le cœur s'écarte du Sauveur est celui où il tombe dans le doute.